Les espaces naturels font pleinement partie du territoire métropolitain, au même titre que les espaces construits. Mais l’équilibre entre ces deux espaces est précaire, toujours mis en danger par les comportements paradoxaux des métropolitains.
Historiquement parlant, le rôle des espaces ruraux était essentiellement agricole, ils permettaient de fournir la nourriture nécessaire à la population urbaine. Aujourd’hui, cette fonction a pris moins d’importance et l’espace rural périurbain est souvent considéré comme une réserve d’espace non urbanisé, et voué à le devenir ! Mais bien plus que ce rôle de réserve foncière que l’on souhaiterait lui attribuer, il est, selon moi, un acteur indiscutable et indispensable de la construction métropolitaine.
Ces territoires participent en effet à l’amélioration du cadre de vie et donc également à l’augmentation de l’attractivité de la métropole. C’est un élément important dans la mesure où il est question de la qualité de vie de la population et que «dans une économie tertiaire, le prestige et le facteur du « bien-être » deviennent des atouts de plus en plus importants1».
On retrouve cette recherche de qualité de vie dans dans la volonté d’une partie des habitants de la métropole qui cherchent à vivre ailleurs et autrement. On assiste donc à un phénomène nouveau de « rurbains » qui vivent dans les villages et qui travaillent à la ville, qui veulent profiter du cadre « naturel » et des avantages de la ville centre. Ce phénomène se développe principalement grâce à l’accroissement de la mobilité. D’après le dernier recensement, 60 % des Français vivent dans les aires urbaines couvrant 13 % du territoire et 16 % dans des communes périurbaines couvrant 17 % du territoire. Le monde rural, avec près du quart de la population et 70 % du territoire, progresse de plus en plus grâce à ce que l’on pourrait appeler « l’exode urbain ». Aujourd’hui, 23,3 millions de personnes vivent dans les campagnes, contre moins de 20 millions dans les années 60, selon le dernier recensement de l’Insee[2.Michel Godet, L'exode urbain , paru dans Libération du 29 décembre 2003 sous le titre, Les Franciliens courent de la ville aux champs.].
Cependant, si l’exode vers la périphérie est parfois un choix, ce n’est pas tout le temps le cas, notamment à cause d’un coût de la vie de plus en plus élevé au cœur des métropoles. La plupart du temps les prix décroissent du centre vers la périphérie. Toujours plus de personnes sont dans l’incapacité de se loger en ville, l’éloignement est alors subi surtout quand les familles s’agrandissent et la taille du logement avec….
Que se soit voulu ou subi, les métropolitains s’exportent à la campagne emmenant avec eux la métropole. La multiplication de l’habitat et notamment de la maison individuelle entraîne un grignotement des espaces naturels et ruraux, si bien que petit à petit la métropole s’étend et d’année en année les espaces naturels se transforment en espaces urbains. On parle alors d’étalement urbain. Ce dernier caractérise la croissance de l’espace urbanisé de façon peu maîtrisée, produisant un tissu urbain très lâche, de plus en plus éloigné du centre de l’aire urbaine dont il est dépendant. Il se traduit donc par une consommation d’espace importante. D’après l’Institut Français de l’ENvironnement (IFEN), 60 000 hectares de terres naturelles ou agricoles disparaissent chaque année en France sous l’effet de l’urbanisation2. Les surfaces artificielles (routes, bâtiments, parkings, etc.) augmentent cinq fois plus vite que la population! (en France, la population a augmenté de 8 % de 1982 à 1999, les surfaces artificielles de 42 %3). C’est le premier paradoxe de l’exode urbain: en voulant profiter du cadre naturel, ces nouveaux ruraux détruisent ce même cadre naturel…. Perte de la ruralité, à la fois comme élément paysager et comme mode de vie.
Le deuxième paradoxe provient du fait que cet étalement urbain amène également à un usage pratiquement incontournable de la voiture particulière. Le manque de densité empêche la structuration de transports en commun. Ainsi, les déplacements domicile-travail, mais aussi pour les loisirs sont ainsi assurés presque exclusivement par la voiture individuelle, ce qui entraîne une augmentation des problèmes urbains! Congestion automobile inévitable, augmentation de la pollution, du stress…
A l’heure du « city branding », on comprend bien évidemment toute l’importance que prennent ces espaces naturels et agricoles. Quoi de mieux pour vendre le territoire que de présenter une ville verte et aérée ? Ces territoires contribuent à améliorer l’image de la ville. Une métropole doit être agréable, puisque c’est avant tout un espace de vie et un espace vécu. Les espaces naturels et agricoles permettent à la ville de respirer, ils sont les poumons de la métropole et sont ainsi indispensables. Ils constituent une véritable richesse pour la métropole. Protéger, gérer et animer ces espaces, c’est légitimer leur rôle dans la métropole.
Maël Meralli-Ballou & Édouard Malsch
- Markus Schwabe, « La ségrégation résidentielle dans les plus grandes villes françaises (1968-1999) : quel modèle urbain ? », Cybergeo, Espace, Société, Territoire, article 398, mis en ligne le 19 septembre 2007, modifié le 25 septembre 2007 ↩
- La France plutôt moyenne en environnement, Alexandra Schwartzbrod, dans Libération du 17/10/2006 ↩
- Direction régionale de l’environnement – Centre, Territoire, population et développement urbain. www.centre.ecologie.gouv.fr , . p 5 ↩








3 réponses pour le moment ↓
1 411 Canada // 30 juin 2010 à 12:29
Il y a beaucoup moin de nature que 50 ans sa va ressembler a quoi dans 50 ans?
2 admin // 30 juin 2010 à 15:56
Difficile de répondre à ta question, on peut émettre une réponse si on extrapole la vision « classique » et « simplifiée » de l’urbanisme aujourd’hui. Avec des centralités urbaines relativement dense qui permettre une réelle préservation des espaces naturels et ruraux reliées entre elles pas des transports en commun. Mais qui sait de quoi l’avenir sera fait?
3 la plaine de l’Ain : quels atouts pour la métropole - Échos de métropole // 23 août 2010 à 11:54
[...] article la paradoxale nature métropolitaine [...]
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